jeudi 4 décembre 2008


(Renée)
Rue de Grenelle, la loge des concièrges


Et quoi d'autre encore? Ils n'en ont pas assez que tous les jours que le bon Dieu fait, j'essuie la boue qui tombe de leurs chaussures de riches, que j'aspire la poussière de leurs déambulations de riches, que j'écoute leurs conversations et leurs soucis de riches, que je nourrisse leurs toutous, leurs minets, que j'arrose leurs plantes, que je mouche leurs rejetons, que je recoive leurs étrennes et c'est bien le seul moment où ils ne jouent plus aux riches, que je hume leurs parfums, que j'ouvre la porte à leurs relations, que je distribue leur courrier, bardé de relevés de banque avec des comptes de riches, des rentes de riches, que je me fasse violence pour répondre à leurs sourires, que j'habite pour finir dans leur immeuble de riches, moi, la concierge, la rien du tout, la chose derrière sa vitre, que l'on salue à la sauvette pour avoir la paix, parce que ça gêne, de voir cette vieille chose tapie dans son réduit tout sombre, sans lustre en cristal , sans escarpins vernis, sans pardessuns en poil de chameau, ça gêne mais en même temps c'est rassurant, comme une incarnation de différence sociale qui justifie la supériorité de leur classe, comme une repoussoir qui exalte leur munificence, comme u faire-valoir qui réhausse leur élégance _ non, ils n'en ont pas encore assez, parce que en plus de tout cela, en plus de mener jour après jour, heure après heure, minute après minute mais surtout, et c'est bien pire, année après année cette existence de recluse malséante, il faudrait que je comprenne leurs peines de riches ? S'ils veulent des nouvelles du Mâââître, ils n'ont qu'à sonner à sa porte.


Muriel Barbery, Une gourmandise

mercredi 3 décembre 2008

mercredi 19 novembre 2008



This is mostly for my own amusement.
I can't even tell you how amusing every day ...